Pronom démonstratif
En grammaire française, le pronom démonstratif est une sous-catégorie de pronom exprimant une idée de monstration. En tant que représentant, il remplace un groupe nominal précédé d'un déterminant démonstratif. Quant à sa valeur déictique, elle permet d'indiquer que l'objet représenté se trouve, soit dans le texte, soit dans l'espace ou le temps, défini par la situation d'énonciation.
Dans la catégorie des déterminants, le correspondant du pronom démonstratif est l'adjectif démonstratif. Le pronom démonstratif équivaut donc à un nom précédé d'un adjectif démonstratif : Ce chapeau, je l'ai apporté de Dieppe ; Modèle:Souligner, je l'ai apporté de Chalkidiki.
- Le syntagme « Ce chapeau » est actualisé par l'adjectif démonstratif « ce », tandis que le pronom démonstratif « celui-là » équivaut à « ce chapeau-là ».
Morphologie
Certains pronoms démonstratifs varient selon le genre et le nombre, alors que d'autres restent neutres. Par ailleurs, à l'instar de ce qui se passe pour l'adjectif démonstratif, les formes du pronom peuvent être renforcées au moyen des particules adverbiales « -ci » ou « -là » (pour « que voici » et « que voilà »).
Formes simples
Les pronoms démonstratifs simples reprennent un nom, mais pour le modifier et désigner un autre référent. C'est pourquoi ils sont toujours accompagnés de :
- une proposition relative ; ex. : Ce fauteuil est confortable, mais celui que nous avions essayé hier l'était plus.
- un complément du nom ; ex : Les plats de ce restaurant sont excellents, mais ceux d'ici sont meilleurs.
- un participe ; ex. : Ces peintures sont celles représentant des paysages. ; ex. : Les exercices à faire sont ceux notés dans le livre.
Les formes simples du pronom démonstratif variable sont les suivantes :
- au singulier : « celui » au masculin, et « celle » au féminin ;
- au pluriel : « ceux » au masculin, et « celles » au féminin.
Il n'existe qu'une seule forme simple de pronom démonstratif neutre, ce ; il intervient exclusivement pour former des propositions subordonnées relatives. ex. : Ce qu'il a dit m'a beaucoup énervé.
Formes composées
Rappelons au préalable qu'il existe deux formes composées, la forme prochaine (en « -ci ») et la forme lointaine (en « -là » ou « -la »).
- Les formes composées du pronom démonstratif variable ont l'aspect d'un composé à traits d'union : « celui-ci », « celui-là », « celle-ci », « celle-là », « ceux-ci », « ceux-là », « celles-ci » et « celles-là ».
- Les formes composées du pronom démonstratif neutre ont l'aspect d'un composé agglutiné : « ceci », « cela », ainsi que sa contraction « ça ». Du point de vue orthographique, contre toute attente, le pronom « cela » s'écrit avec un « a » sans accent grave.
- Si le français ne dispose que de deux degrés d'éloignement, l'espagnol par exemple en a trois, et d'autres langues davantage encore : ainsi le malgache en distingue six<ref>Voir Grammaire du malgache.</ref>.
ex. : Ces livres sont intéressants. Je vous conseille celui-ci.
ex. : Ces dossiers sont urgents. Traitez ceux-là en priorité.
Représentation
À l'instar de ce qui se passe pour l'adjectif correspondant, le pronom démonstratif peut remplacer un terme du contexte, qui précède (fonction anaphorique) ou bien qui suit (fonction cataphorique) le pronom en question, ou bien désigner un référent, le plus souvent au moyen d'un geste, c'est-à-dire, renvoyer à un élément extralinguistique pris dans la situation d'énonciation (c'est la fonction déictique). Il peut donc être, soit un représentant textuel, soit un représentant référentiel.
- À l'écrit, le pronom démonstratif est toujours un représentant textuel (anaphore ou cataphore) :
- En jouant dans le salon, la petite Sandrine a cassé un vase. Fort heureusement, Modèle:Souligner n'avait aucune valeur.
- Le pronom anaphorique « celui-ci » renvoie au syntagme nominal « un vase », qui constitue son antécédent.
- Lorsqu'il est une anaphore ou une cataphore, le pronom neutre peut remplacer un adjectif, un autre pronom, une proposition, une phrase… ou même, plus simplement, toute idée exprimée dans le texte :
- Ne commettez pas cette action, Modèle:Souligner serait honteux !
- Le pronom anaphorique neutre « cela » a pour antécédent « l'idée de commettre cette action ».
- Ne commettez pas cette action, Modèle:Souligner serait honteux !
- À l'oral, le pronom démonstratif est le plus souvent un représentant référentiel :
- « Qu'est-ce que c'est que Modèle:Souligner ? » Mélanie, sourcils froncés, montrait à sa fille Sandrine le vase cassé au milieu du salon…
- Le pronom « ça » désigne un objet non nommé dans le discours (« le vase cassé »). En l'absence d'antécédent ou de conséquent, ce pronom ne peut être qu'un représentant référentiel, plus précisément, un déictique.
- « Qu'est-ce que c'est que Modèle:Souligner ? » Mélanie, sourcils froncés, montrait à sa fille Sandrine le vase cassé au milieu du salon…
Ce dernier
Ce pronom connaît depuis peu une popularité sans précédent. Alors qu'il n'est destiné qu'à lever une ambigüité dans une énumération, lorsque l'emploi de Modèle:Souligner et Modèle:Souligner ne suffisent pas, on le trouve employé à tout propos, introduisant une grande confusion dans le discours.
Accord
Les règles d'accord diffèrent selon qu'on est en présence d'un pronom démonstratif variable (« celui ») ou d'un pronom démonstratif neutre (« ce »).
Pronom démonstratif variable
- Quand le pronom démonstratif variable est un représentant textuel, il s'accorde avec le genre et le nombre de son antécédent ou son conséquent :
- J'adore les fleurs, et Modèle:Souligner que tu m'as offertes sont particulièrement belles.
- Quand le pronom démonstratif variable est un représentant référentiel, il désigne obligatoirement des êtres humains, et s'accorde dans ce cas avec le sexe de son référent :
- Que Modèle:Souligner qui n'ont jamais péché lui jettent la première pierre !
Pronom démonstratif neutre
- Le neutre est, régulièrement, toujours accordé au masculin singulier :
- Tout Modèle:Souligner ne me plaît guère. Modèle:Souligner qui est rare n'est pas forcément cher.
Syntaxe et sémantique des formes renforcées
- Neutre ou variable, le pronom démonstratif renforcé s'emploie comme un syntagme nominal et revêt à peu près toutes les fonctions de cette catégorie :
- Modèle:Souligner mange une pomme [sujet].
- J'aperçois Modèle:Souligner [C.O.D.].
- Tu parles à Modèle:Souligner [C.A.T. ou C.O.S.].
- C'est le frère de Modèle:Souligner [complément de nom].
- Il s'est fâché à cause de Modèle:Souligner [C.C. de cause].
- Il s'agit de Modèle:Souligner [sujet réel].
- N'oubliez pas de parler de Modèle:Souligner. [C.O.I.]
- Dans la représentation référentielle, les formes renforcées permettent théoriquement d'apprécier le relatif éloignement dans l'espace ou le temps, par rapport à la situation d'énonciation. Mais dans le langage courant, cette distinction a tendance à s'estomper. De plus, la forme lointaine est plus employée que la forme prochaine :
- Que signifie Modèle:Souligner, demanda Rodolphe en tendant à Coralie un morceau de papier ? »
- L'objet représenté par le pronom « cela » est manifestement proche des deux interlocuteurs.
- Que signifie Modèle:Souligner, demanda Rodolphe en tendant à Coralie un morceau de papier ? »
- Par ailleurs, la forme lointaine peut prendre une connotation péjorative :
- Qui c'est, Modèle:Souligner ?
- Dans la représentation textuelle anaphorique, lorsque deux formes renforcées (la forme prochaine et la forme lointaine) sont employées successivement dans un segment de texte, le premier antécédent (le plus éloigné des deux pronoms) est celui de la forme lointaine, tandis que le second est celui de la forme prochaine :
- En allant à la bibliothèque, Natacha a rencontré Blandine : Modèle:Souligner a demandé à Modèle:Souligner de lui prêter sa voiture.
- Le pronom anaphorique « celle-ci » renvoie à la dernière nommée, soit « Blandine » ; le pronom anaphorique « celle-là » renvoie à la première nommée, soit « Natacha ».
- « Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses idées, Racine se conforme aux nôtres ; Modèle:Souligner [le plus anciennement mentionné, donc Corneille] peint les hommes comme ils devraient être, Modèle:Souligner [Racine, plus récemment mentionné] les peint tels qu'ils sont. » (La Bruyère)
- En allant à la bibliothèque, Natacha a rencontré Blandine : Modèle:Souligner a demandé à Modèle:Souligner de lui prêter sa voiture.
- Les formes renforcées peuvent aussi avoir un sens distributif :
- Il s'arrêtait, tantôt chez Modèle:Souligner, tantôt chez Modèle:Souligner…
Syntaxe du pronom « celui »
Le pronom simple « celui » (ainsi que ses flexions « celle, ceux et celles ») est presque toujours un représentant textuel. Il ne s'emploie jamais seul, mais suivi, soit d'une proposition subordonnée relative, soit d'un syntagme nominal prépositionnel. Le pronom simple « celui » équivaut au nom qu'il représente (l'antécédent) actualisé par un article défini. Le segment qui suit peut donc être analysé comme un satellite (ou une expansion du nom) de cet antécédent, permettant une actualisation complète de celui-ci.
- Lorsque le pronom « celui » est suivi d'un pronom relatif (« qui, que, dont ou où »), on considère généralement que ces deux pronoms forment une locution relative (au sein de laquelle d'ailleurs, peut s'insérer une préposition) :
- Modèle:Souligner parle est mon voisin. [= l'homme qui…]
- Modèle:Souligner j'ai demandé mon chemin… [= la femme à qui…]
- Modèle:Souligner j'ai vus… [= les chiens que…]
- Modèle:Souligner je t'ai parlé… [= les plages dont…]
- Modèle:Souligner j'ai fait tant d'efforts… [= l'enfant pour qui…]
- Modèle:Souligner j'ai passé la nuit… [= la chambre où…]
- Dans le syntagme pronominal « Celui qui parle » (sujet du verbe « est »), la proposition relative « qui parle » est complément de l'antécédent « Celui » ; etc.
- Lorsque la relative commence par « qui », suivi du verbe « être », il se produit souvent une ellipse du relatif et du verbe :
- Elle aimait s'occuper des animaux, surtout de Modèle:Souligner abandonnés par leurs maîtres.
- Pour : «…surtout de ceux qui étaient abandonnés par leurs maîtres. »
- Elle aimait s'occuper des animaux, surtout de Modèle:Souligner abandonnés par leurs maîtres.
- Lorsque le pronom « celui » est suivi d'une préposition (fréquemment, la préposition « de »), on a affaire à un syntagme pronominal dans lequel un syntagme nominal est complément du pronom noyau :
- J'ai emprunté Modèle:Souligner ma sœur. [= le vélo de…].
- Modèle:Souligner Jean… [= la serviette pour…]
- Modèle:Souligner cuir… [= les souliers en…]
- Modèle:Souligner manches courtes… [= les chemises à…]
- Modèle:Souligner ma maison… [= le platane à côté de…]
- Dans le syntagme pronominal « celui de ma sœur » (C.O.D. du verbe « ai emprunté »), le syntagme nominal prépositionnel « de ma sœur » est complément du pronom noyau « celui » ; etc.
Syntaxe du pronom « ce »
Le pronom neutre « ce », contrairement à « ceci », « cela » et « ça », n'est habituellement employé qu'en combinaison avec d'autres éléments, ou dans des expressions figées.
Pronom « ce » suivi d'une subordonnée
Le pronom démonstratif « ce » est souvent suivi d'une proposition subordonnée, pouvant être, soit relative, soit interrogative indirecte, soit conjonctive. On considère généralement que ce pronom, alors associé à un subordonnant (pronom relatif, outil interrogatif indirect ou conjonction de subordination, selon le cas) forme avec celui-ci une locution (locution relative, locution interrogative indirecte, ou locution conjonctive, selon le cas) :
- Je sais déjà Modèle:Souligner tu veux me parler. Tu fais Modèle:Souligner tu veux.
- Les locutions « ce dont » et « ce que » sont des locutions relatives. Chaque subordonnée relative déterminative (« ce dont tu me veux me parler » et « ce que tu veux ») peut ainsi être analysée comme C.O.D. du verbe.
- Nous ignorons Modèle:Souligner te tracasse. Dis-moi Modèle:Souligner tu vois.
- Les locutions « ce qui » et « ce que » sont des locutions interrogatives indirectes. Chaque subordonnée interrogative indirecte (« ce qui te tracasse » et « ce que tu vois ») peut ainsi être analysée comme C.O.D. du verbe.
- Elle s'attend Modèle:Souligneril la quitte.
- La locution « à ce que » est une locution conjonctive. La subordonnée « à ce qu'il la quitte » est une conjonctive complétive C.O.I. du verbe « s'attend ».
Pronom « ce » combiné avec le verbe « être »
On remarquera tout d'abord que le pronom « ce », accepte l'inversion du sujet, en restant toutefois atone, à l'instar du pronom personnel conjoint « je » :
- Serait-Modèle:Souligner lui ? Est-Modèle:Souligner bientôt fini ?
Le pronom « ce » connaît divers emplois figés avec le verbe « être » (très souvent, « c'est » ou « ce sont »).
Locution verbale présentative
Le pronom « ce » peut faire partie d'une locution verbale dite présentative, permettant de mettre en relief un élément linguistique ou un référent (donc, dans cet emploi, il peut être représentant référentiel ou représentant textuel). Cette locution, constituée de « c'est », est souvent en corrélation avec un pronom relatif :
- Modèle:Souligner la personne Modèle:Souligner je t'ai parlé. Modèle:Souligner la maison Modèle:Souligner j'avais passé mes vacances.
Normalement cette locution présentative reste à la troisième personne du singulier (« c'est, ce sera, c'était… »). Cependant, dans le registre soutenu, lorsque l'élément qui suit est à la troisième personne du pluriel, il est préférable d'employer : « ce sont, ce seront, c'étaient… »
- Modèle:Souligner mes affaires. Modèle:Souligner tes parents. Modèle:Souligner de magnifiques vacances.
- Dans le registre courant : « C'est mes affaires. C'était tes parents. Ç'a été de magnifiques vacances. »
(Noter, à l'écrit, l'apparition de la cédille : « ce a été » → « ç'a été ».)
- Dans le registre courant : « C'est mes affaires. C'était tes parents. Ç'a été de magnifiques vacances. »
Autres combinaisons
- Le pronom « ce » peut être un représentant référentiel indéterminé :
- Modèle:Soulignerest magnifique ! Modèle:Souligner sera magnifique ! Modèle:Soulignerétait magnifique !
- Le pronom « ce » peut être un représentant textuel (anaphore ou cataphore) formant un pléonasme :
- Ce jardin, Modèle:Soulignerest une merveille ! Ces pâtes, Modèle:Soulignerest un délice !
Pronom « ce » dans d'autres emplois
- Dans la langue littéraire, le pronom « ce » remplace parfois le pronom neutre renforcé :
- Modèle:Souligner me semble une excellente idée.
- pour : « Cela me semble une excellente idée ».
- Modèle:Souligner disant, il se remit à son ouvrage.
- pour : « Disant cela, il se remit à son ouvrage. »
- Modèle:Souligner me semble une excellente idée.
- Emplois divers :
- Sur Modèle:Souligner, au revoir.
- pour : « Sur ces dernières paroles, au revoir. ».
- Elle accompagne les enfants de ses voisins à l'école, s'occupe d'eux, les nourrit parfois, et Modèle:Souligner, tout à fait bénévolement.
- Le pronom « ce » représentant phrastique, renvoie à tout ce qui précède, afin que le segment « tout à fait bénévolement » puisse devenir satellite de l'antécédent.
- Sur Modèle:Souligner, au revoir.
Formes populaires
À l'oral, et dans la littérature imitant le parler populaire, on trouve les formes :
- Modèle:Souligner (= celui), Modèle:Souligner (= celui-ci), Modèle:Souligner (=celui-là)
- D'où qu'y sort çui-là ?
- Modèle:Souligner (= ceux qui, les personnes qui)
- Les ceusses qu'auraient pas d'billet, par ici !
Les formes Modèle:Souligner (= celui-ci, ceux-ci ; variante : Modèle:Souligner) appartiennent au registre argotique.
Notes et références
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